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mercredi 6 mars 2019

Dieppe inside



Retrouver Dieppe, après de longs mois. Voir la mer surgir au bout de la route qui plonge vers la ville : une bande bleu-gris qu'on distingue à peine du ciel. Prendre, instinctivement, une inspiration - la première goulée d'air qui emplit nos bronches à notre naissance. Se savoir parvenue aux rives d'un mystérieux continent liquide aux origines de toute vie.
Longer les bâtiments de l'usine Alpine, avec un léger emballement du cœur. Dans une vaste enceinte goudronnée, gardées sous clé derrière de hauts grillages, objet de convoitise, une dizaine de petites merveilles attendent leur adoption par des heureux du monde. Se garer sur le front de mer, le long des immenses pelouses, face aux tours du château qui monte la garde sur les étendues vertes. Elles sont en cette saison désertes d'enfants joueurs, de cerf-volistes et de promeneurs de chiens, alors que le printemps frémit à peine dans son cocon encore clos. Arpenter la Grande-Rue, s'adonner au traditionnel lèche-vitrines, avec l'omniprésence de l'Absente. Ma mère, qui ne cesse de se rappeler à moi. Acheter à la Torréfaction Dieppoise du thé et un whisky, légèrement tourbé et fumé, dont le nom gaélique imprononçable signifie "la petite dame des îles". Maman.
S'offrir chez le traiteur quelques gourmandises qui composeront un repas du soir festif. S'attabler dans l'antre chaud d'un café face au port, prendre un "express côtier" sur fond de musique "d'ambiance" insignifiante et braillarde - de quoi noyer les mots, de quoi faire fuir. Prendre des photos et faire quelques pas tout au bout du front de mer - là où la ville laisse place à l'âpre visage des falaises livré au vent et aux vagues. Se retourner et observer la fumée noire du ferry à quai qui s'étire vers le large dans des contorsions d'ophidien blessé. Là-bas, devant nous, un nouvel éboulement s'est produit. Les marées ont disséminé de gros blocs de craie sur les galets.
Et respirer, respirer autant avec les poumons qu'avec les yeux, aspirer cette lumière, aspirer ce bleu-vert laiteux qui vient doucement bouillonner sur l'étroite langue de sable, incertaine frontière. Il n'y a quasiment pas de vent. La prochaine fois nous prendrons les vélos, pour sentir, comme ivres, l'air marin se glisser sur nos faces, y dessiner d’invisibles tourbillons dans un chuchotis ou un sifflement, voix du vent, voix de la mer, rassurante, inquiétante - inintelligible. 
Ressourcement et nostalgie, oh, nostalgie.
Se dire qu'on reviendra. Bientôt. Chercher. Chercher toujours. Chercher jusqu'au nœud serré des origines ce qui m'attache ici. Chercher dans chaque pas, chercher dans les monotones ruminations des vagues une porte entrebâillée sur quelque miséricordieuse consolation.

Canteleu, le 6 mars 2019

vendredi 4 novembre 2016

Vieille auto anglaise, Vieille Tige belge, rencontres sur les quais




Ce qui attire mon regard sur les quais de Dieppe, ce matin-là - jour de retour -, c’est cette machine aux énormes phares ronds, dont la silhouette ramassée, compacte, dégage puissance et nervosité, tout immobile qu'elle soit, et suggère un animal, muscles tendus, prêt à bondir sur une proie. Elle est hypnotisante. Elle semble vivante. Et redoutable. Présence incongrue, surprenante, à deux pas du marché aux poissons.
Immatriculée outre-Manche, elle est arrimée sur une remorque. Elle ne ressemble à rien de ce que je connais. Aimantée, zap* en main, je m’approche pour l’admirer sous toutes les coutures et en identifier la marque. J’enjambe l’attelage qui la relie à un massif 4x4 Mercedes. La marque est inscrite sur une plaque émaillée apposée sur la calandre : Wolseley. Un nom qui ne me parle pas. Je mesure - façon de parler - l’étendue de mon ignorance… Et le zap commence à cliquer…


Un monsieur « d’un certain âge » qui passe à proximité, moustache grise à la Marcel Zanini et verres fumés, cabas au bout du bras, m’apostrophe. De fait, j'ai plutôt l'impression qu'il se parle à lui-même. « Ces choses-là ont été construites avant les années quarante. C’est du solide. J’aurais bien aimé la voir rouler… » Il connaît donc ce constructeur mystérieux sur lequel je m’empresserai de faire des recherches, une fois de retour à la maison.
La conversation s’engage sans plus de formalités. Au fil de ses « confidences », j’apprends que cet homme est un mordu de mécanique : auto, bateau, avion, il a tout vu, tout essayé, plongé les mains dans tous les moteurs pour en connaître les rouages les plus subtils et, parfois, leur redonner vie. Il tient, sobrement, le discours des passionnés. Il a trouvé un auditoire. Il me raconte ainsi qu’il a restauré un coupé BMW de 1938, ancienne propriété d’un officier de la Wehrmacht. Tout jeune, il s’est embarqué dans la marine marchande pour passer son brevet de mécanicien. Immergé dans ses souvenirs, il évoque le boucan infernal qui régnait dans la salle des machines, l’obligation de porter d’épais tampons sur les oreilles... Puis il est devenu pilote de chasse, formé sur un Fouga Magister. Selon le degré de perversion des instructeurs et, partant, la complexité des manœuvres (d’une main, il mime un rapide mouvement descendant de l’avion), les vols pouvaient se muer en cauchemars qui se terminaient invariablement, pour l’apprenti pilote, par des vomissements. Charge à lui de nettoyer entièrement le cockpit.
« Vous êtes une Vieille Tige ?! » Je suis toute contente de pouvoir placer une expression du jargon aéronautique. Il me considère, un peu étonné, peut-être, derrière ses lunettes foncées. « Oui. Mais au banquet des Vieilles Tiges, on est de moins en moins nombreux ! ». Une nuance d’amertume a traversé sa voix.


J’apprends enfin que ce passant d'apparence si banale, si paisible mais à la vie si riche, si animée, est belge, qu'il est né dans le Nord durant la Dernière Guerre, que sa femme et lui sont tombés amoureux de la région dieppoise, qu’ils y ont une propriété, et qu’il se consacre désormais à ses chevaux. Je le remercie d’avoir partagé bien volontiers ces bribes de mémoire sans prix. Qu’adviendra-t-il de cette expérience, de ce savoir quand ces « anciens » auront disparu ? Ceux pour qui l'automobile est un art de vivre et la mécanique, une culture ? Le monde sera encore un peu plus appauvri.
Avant de reprendre son chemin, le monsieur murmure : « Ah, tout ça a remué des souvenirs. Le pilotage, le manche à balai… ». Et là encore de mimer les gestes d’autrefois, à jamais mémorisés, comme s’il se trouvait aux commandes d’un Fouga ou d’un Mirage, comme si son bras se souvenait…
Je le remercie à nouveau, nous nous souhaitons une bonne journée, et chacun reprend sa route.
Une belle rencontre, enrichissante, instructive, teintée de la nostalgie qui nous saisit quand le passé refait surface à la faveur d’un échange impromptu, nostalgie, aussi, des humains qui se croisent par hasard, brièvement, à la surface de cette Terre puis s’éloignent.
Que serions-nous si nous n’étions pas mus par la passion ?
Je n’oublierai pas le nom de Wolseley, pas plus, Monsieur, que ces quelques minutes si pleines, arrachées à la folle course du temps…

* zap : Z'APpareil photo numérique

mercredi 1 juillet 2015

Torréfaction Dieppoise (express côtier)


J'ai toujours aimé prendre l'express côtier. A Dieppe. Entendons-nous : il ne s'agit pas du bateau qui, d'escale en escale, longe les côtes norvégiennes de Bergen à Kirkenes, bien au-delà du cercle polaire, mais d'un petit noir - ou d'un café noisette - pris avec vue sur le port de préférence. J'ai ainsi quelques points de chute où je peux m'attabler pour savourer un kawa, en intérieur ou à l'une des terrasses qui vous tendent les bras - ceux de leurs fauteuils - une grande partie de l'année dans la ville maritime. Quand des serveurs zélés ne vous en chassent pas au prétexte qu'il est l'heure de déjeuner...
C'est à la terrasse de la Torréfaction Dieppoise que je me suis installée pour boire un café, l'autre jour. Il ne s'agissait pas vraiment d'une découverte : j'étais déjà entrée dans la boutique pour acheter thé ou boissons plus fortes. Et j'avais récemment repéré de bien belles choses dans la vitrine. Un accueil  agréable, des conseils, des cafés, thés ou chocolats à choisir selon les goûts ou l'heure, une parenthèse bienvenue à quelques pas de l'animation de la Grande-Rue. La café est servi dans des tasses au charme rétro. On vient ici pour déguster, pour siroter, pas pour avaler et cavaler. Le soleil, la sérénité du lieu donnent envie de s'attarder, de prolonger ce moment. La boutique, qui occupait autrefois le coin de la place, possède un cachet ancien dépourvu d'ostentation : sol carrelé, boiseries... Il y règne une atmosphère calme, un peu nostalgique, qui évoque une époque révolue, celle des clippers qui sillonnaient les océans dans des courses folles contre le temps, le ventre plein d'un précieux chargement destiné aux villes d'Europe, les sacs de jute marqués au stencil du nom de crus de café ou de ports lointains. L'exotisme à portée de tasse... Qui sait combien de kilomètres ont parcouru ces grains verts, combien de pays ils ont traversé ?
La Torréfaction Dieppoise est dépositaire de cette tradition normande, de ce savoir-faire, de cet artisanat séculaire. Elle propose une large palette de thés et de cafés (y compris en capsules), mais aussi de l'épicerie fine et des whiskies, vins et spiritueux. Et de magnifiques théières japonaises, en fonte ou en porcelaine. Je me laisse tenter par 100 grammes de Tarry Souchong, ce thé à l'odeur et au goût fumés, presque goudronneux... La prochaine fois je me promets de me faire une douce violence et de craquer pour une théière et un bon whisky....
Un petit havre de paix et de raffinement sur la Place Nationale.


Torréfaction Dieppoise
18, place Nationale
76200 Dieppe
02 35 84 14 62

jeudi 4 août 2011

Que reste-t-il...

Non, mon horizon ne se limite pas à mon nombril !

Que reste-t-il, une fois regagnées ses pénates, d'un séjour en Normandie ?
Le souvenir d'instants qu'on essaie de vivre dans toute leur plénitude, le plus intensément possible, dont on tâche d'extraire tout le suc, comme une machine à expresso. Et qu'on s'en veut de ne pas saisir en totalité, comme si c'était humainement possible. D'où frustration et culpabilité bien encombrantes et bien vaines. Alors que le soleil est là, et que le séjour ressemble diantrement à des vacances...
Un petit paquet de photos, parce qu'il est parfois plus facile d'appuyer sur le déclencheur que de s'installer face à son clavier et rassembler ses idées. Les zaps ont donc bien cliqué. Je garde toutefois à l'esprit qu'en regardant dans le viseur, on oublie parfois de regarder tout court. Alors j'ai souvent posé mes zaps, histoire de m'imprégner de la saveur unique de l'air et de la lumière.
On est là-bas, pour quelques jours. La réalité rejoint les rêves et les aspirations. Mais déjà, on réfléchit à ce qu'on va écrire. On se prépare à l'après-Normandie. Comment traduire émotions et sensations en mots, avant qu'elles ne s'échappent ? Car les mots, finalement, c'est tout ce qu'il reste, une fois de retour, face à l'ordi. C'est ce que je me dis, quand la nostalgie m'étreint. Et je suis une grande spécialiste de la nostalgie. J'ai tous mes diplômes de nostalgologue de l'université de Pétaïouchnok (les Slaves sont les plus fins connaisseurs du monde en nostalgie ; je me risquerai à dire que c'est de naissance) et je suis en la matière une autorité locale mondiale. Philippe, ne m'en veuillez pas si j'ai l'air de vous copier, là !
Mais non : il reste des sourires de grands et d'enfants, des rencontres félines, assez nombreuses dans les rues d'Arques-la-Bataille, un déjeuner arrosé de quincy (je vous parlerai dans un prochain billet d'un excellent restaurant que j'ai découvert à Arques).  Car, comme disait Francis Blanche, je préfère le vin d'ici à l'eau de là. Un donjon millénaire qui veille, protecteur, tel un symbole d'éternité.  La magie d'un concert d'orgues dans une église déserte. Une prise de bec, au sens propre, entre un canard et une mouette, pour un bout de pain. L'indispensable trempette sur la plage de Dieppe. Et tous ces instants fugaces par essence, justement, qui se recomposent en une mosaïque infinie. Ma richesse.
Et une forte déception, tout de même : les brebis de Douvrend n'étaient pas là, ni à l'aller ni au retour. Le grand champ bêlant était vide de toute silhouette laineuse et je m'en inquiète. J'espère être rassurée la prochaine fois ; en attendant j'ai renoncé au gigot.

Dans une rue d'Arques, un habitué des lieux.

Sous les galets, la plage.

La fuite à de la Varenne

  A Dieppe, on prend l'express côtier, bien sûr (j'ai pas demandé un déca, moi !)

Rue St-Jacques, la cour mystérieuse.

 A Arques, les locataires de l'étang.


PS : Merci à Carole, Sylvain et les enfants pour leur accueil.

mercredi 20 octobre 2010

Essences rares (pompes et circonstances)

Dans les stations-service, le fond des cuves est plus sec que le désert d'Atacama ou qu'un cœur de PDG.  On est prêt à payer le sans plomb à prix d'or. Il ne sert à rien de supplier le pompiste pour obtenir quelques gouttes de carburant ; d'ailleurs il n'y a plus de pompistes, à croire qu'ils ont tous été enlevés dans des soucoupes volantes par des petits hommes gris (les témoignages concordent : les extraterrestres kidnappeurs sont GRIS). A ce propos j'espère pour leurs occupants que les soucoupes volantes avaient leur réservoir plein avant de venir en France : on ne sait jamais.

Boris, un homme gris venu de l'espace ?

Corollaire de la situation : je n'irai pas en Normandie cette semaine. Je resterais bloquée à mi-route (bon, je ne suis pas contre une halte prolongée dans la Somme, mais enfin) ou, si je parvenais à destination, je ne pourrais pas rentrer. Bloquée à Dieppe ou à Rouen. Un petit séjour était dans l'air pourtant. J'en ai besoin. J'étais bien décidée. Ah, faire un petit coucou à Maman Mule, dîner au Comptoir à Huîtres... Et puis la pénurie galopante est venue s'opposer à moi.

Dieppe : un mirage ?

Les désirs contrariés sont bien vexants.
J'ai toujours de bonnes raisons de partir et de bonnes raisons de ne pas partir. De mauvaises raisons, surtout aussi. Quand elles ne sont pas externes et, dirons-nous, indépendantes de ma volonté, je suis prisonnière de mes hésitations, de mes entraves. La Normandie est là, lointaine et proche, désirée et tellement idéalisée... C'est, à chaque fois, un rendez-vous d'amour, et à l'excitation se mêle la crainte d'être déçue.

 Une envie d'Azur normand...

Ma terre d'élection me manque. Je dois prendre mon mal en patience, attendre que le fluide vital coule à nouveau sans restriction des pompes. Car les deux cents kilomètres et quelques qui me séparent d'une chambre normande sont infranchissables pour le moment. Tel est le résultat de la pétrolo-dépendance. Dès le déblocage, plus d'atermoiements ! Promis !
Finalement la meilleure des choses est de partir sans raisons. Mais avec un peu d'essence dans sa voiture tout de même...

mardi 5 janvier 2010

Considérations relativistes

Le temps passe vite en Normandie. Trop vite. Tellement vite qu'un jour je serai rentrée avant d'être partie. J'ai d'ailleurs constaté d'étranges distorsions de l'espace-temps sur mon itinéraire. Ça commence sur ma petite route. A un endroit, un panneau indique "Dieppe 20" et un autre, quelques kilomètres plus loin, "Dieppe 23". C'est bien là la preuve que la configuration géographique et géologique a une forte incidence sur les distances, qui se dilatent ou se contractent dans une mesure inversement proportionnelle au temps écoulé. Vous serez d'accord avec moi, cette expérience vérifie la théorie de la relativité générale. La Normandie est relativiste !
Tout ça ne me dit pas où se sont évaporées les quarante-huit heures que j'ai passées à Dieppe et Rouen. Tout d'un coup elles se sont retrouvées derrière moi, hop, disparues le temps d'un claquement de doigts. Le même phénomène se reproduit à chaque séjour. Vous m'avouerez que c'est bizarre.
Le trajet, trop long, trop court, répond lui aussi à une singulière perception du temps. L'arrêt-café réglementaire sur mon aire a eu lieu. Cependant je n'ai pas osé m'aventurer trop loin, car le fond de l'aire effraie. Les brebis de Douvrend étaient au bercail, à ma grande déception. A moins qu'elles n'aient échappé à mon microscope électronique. Mais j'ai pu saluer le mouton de Fréauville, fidèle au poste, lui !
Les quarante derniers kilomètres suscitent toujours la même excitation, les mêmes sensations. La saveur de la Normandie est désormais sensible. Elle m'environne. L'Eaulne, les vergers, les colombages... Je crois être préparée et je suis toujours surprise, saisie par un même sentiment. Je n'ai jamais quitté ce pays. J'y reviens. Je me retrouve.
Ce que j'aime aussi, dans la Normandie, ce sont la fébrilité des préparatifs, la route, l'attente.

Le meilleur moment, en amour, c'est quand on monte l'escalier.

vendredi 1 janvier 2010

Voeux lus et voeux velus


 
A vous tous, chers lecteurs dont la fidélité m'encourage à poursuivre ce blog, j'adresse mes vœux de bonne et heureuse année.
Que 2010 compose pour vous et ceux qui vous sont chers un bouquet de fleurs précieuses nommées joie, santé, sérénité, projets réalisés et rêves fraîchement éclos. Sans oublier vos compagnons à quatre pattes.
Le Père Noël est passé avec un peu de retard mais le fond de sa hotte n'était pas tout  fait dégarni (voir photo)...
Et, last but not least, j'ai en ce tout début d'année eu l'immense plaisir de rencontrer Maman Mule, blogueuse talentueuse et accueillante qui sait nous faire partager ses coups de cœur et nous comble de si belles images.
Je vous reparlerai de mon périple en Normandie.
Bisous à toutes et tous !

lundi 28 septembre 2009

L'aventure commence à l'aurore



Les vêtements et les produits de beauté qui rejoignent l'un après l'autre le sac de voyage. Le chargement de la batterie du zap. La vérification des niveaux de la Tine. Le stock de provisions pour les chats. Je ne m'inquiète pas pour eux : non qu'ils sachent ouvrir les boîtes eux-mêmes, mais une voisine dévouée en prendra soin.
J'ai réservé pour deux nuits en chambre d'hôtes à Duclair. La maison est en bordure de Seine. Départ mercredi matin. Peut-être un crochet par Dieppe, en fonction de l'état des troupes.
Mais que d'obstacles, que de complications, tant extérieurs qu'intérieurs, comme le souligne Gris-Bleu, avant de se décider, de se lancer !
J'évite de penser au retour.
Découverte d'une nouvelle chambre normande. Le lieu, je le connais bien. Duclair, c'est une histoire très ancienne. Elle va s'offrir un peu de renouveau.

L'aventure commence à l'aurore
A l'aurore de chaque matin
L'aventure commence alors
Que la lumière nous lave les mains !



(Le texte complet est ici)

samedi 24 janvier 2009

Un an

Il y a un an et quelques jours, je mettais en ligne ce blog. En quête de la chambre "fantôme", dont je ne sais si elle appartient au passé ou à l'avenir. Une première pour moi, et peut-être le début d'une aventure, essentiellement introspective certes, mais une aventure quand même. Ma chambre normande était au bout des lignes, au bout des mots. Il m'était donné de l'atteindre, de la meubler, de la peupler, de la faire vivre, de la vivre parfois. Pari tenu ? En un sens, oui, si cette chambre est destinée à rester une projection holographique. Et non, puisque mon rêve (puis-je parler de projet ?) ne s'est pas concrétisé.
Je n'ai pas trouvé ma chambre normande en 2008. Je m'en suis approchée. J'ai posé mes sacs en divers lieux, pour 24 ou 48 heures. Ce n'est jamais assez. Il y a la frustration teintée d'envie d'être toujours "chez les autres". Et les retours toujours si difficiles qui m'arrachent au sol normand. Il ne tient qu'à moi ? Je n'en suis pas sûre. Les choses ne sont pas si simples, et il m'appartient de me mettre "au clair" avec moi-même. De trouver le déclic, l'énergie, et de ne plus mettre celle-ci seulement dans l'écriture...
2008. L'Armada en juillet, la découverte de la merveilleuse chapelle de Flainville... J'ai suivi plusieurs fois ma petite route - ah, le coup au cœur en apercevant les eaux vagabondes de l'Eaulne !
J'ai (re)garni mon sac de rouges à lèvres, poussée par quelle frénésie, quelle peur du manque, quel amour de la couleur aussi ? Je n'ai pas manqué mon rendez-vous autoroutier de juin, le coeur meurtri par le départ tout récent de la Fée... (Le départ est moins récent mais le cœur est encore meurtri.)
Toujours sur le versant "triste", je ne suis pas allée à la recherche de Colette. Trop de souvenirs et d'émotion à la clef, et puis, excuse suprême, je n'avais pas le temps, la durée de mes séjours en Normandie étant mesurée.
Mon réveillon du 31 décembre a eu lieu au G..., euh, au Comptoir à Huîtres, et ça veut dire beaucoup pour moi. Je vous en reparlerai !
2008 m'a laissé des souvenirs, des regrets, des envies, la trace de bouffées d'émotion que je ne songe qu'à retrouver, renouveler, inlassablement... qu'attendre d'autre au fond d'une année "bien remplie" ?
Voilà. J'espère ne pas vous avoir lassés avec mes obsessions, mes retours sur le passé, ma velléité. Vos visites, vos commentaires me touchent énormément. Vous me donnez le désir de poursuivre ce cheminement. C'est ce que je peux souhaiter de mieux à mon blog : qu'il vous "rencontre".

Que 2009 soit pour vous un creuset à envies et à souvenirs. Bonne année à tous.

Photo : l'Eaulne à L'Epinay, point de départ de "ma petite route".

lundi 26 mai 2008

Au bout du bout du quai



C'est mon restaurant préféré à Dieppe. Peut-être mon restaurant préféré tout court.
Un quartier excentré, dans le port de commerce, aujourd'hui bien calme. Rien à voir avec le quai Henri IV où se pressent les uns contre les autres des restaurants pas toujours dignes de ce nom... Il ne faut pas craindre de s'aventurer hors des circuits balisés, hors du touristique, du "joli". D'aller au bout du bout du quai, là où la terre ferme s'arrête, où on entre en pur monde maritime. Cours de Dakar, quai de Norvège. De ces noms qui font rêver. Qui emmènent ailleurs. On passe du Sénégal à Oslo. J'aime la Norvège. Je vous dirai peut-être pourquoi un jour. Je n'y suis jamais allée. En attendant, la Norvège, elle est à Dieppe. Son âme imprègne ces quais, ces entrepôts de mareyeurs qui posent un décor à la Mac Orlan que les yeux incapables de poésie verront austère et triste. J'imagine les bateaux chargés de grumes*, de bois odoriférants venus de profondes forêts scandinaves. L'animation d'autrefois, dont il ne reste rien...
C'est dans ce cadre que se trouve Le Comptoir à Huîtres. Je l'ai découvert voici près de deux ans, à la faveur d'une errance sur les quais, en quête de sujets pour mon zap** sans doute... ou attirée par ce nom magique de Norvège. La première fois, je ne savais pas de quoi il s'agissait. Juste un nom que j'avais retenu, des lieux que j'avais déjà repérés. Un coup d'œil à la carte. La maison ne reculant devant aucun sacrifice, et "pour une fois", me suis-je dit, j'ai poussé la porte.
Ce restaurant, c'est mon luxe. Pourtant rien de clinquant ici. D'immenses bouquets colorés ornent toujours la salle et la façade. Le décor, carreaux de faïence peints et homards géants grimpant aux murs, est inspiré par la mer. Beaucoup de toiles, aussi... Le maître des lieux est amateur de peinture et compte des artistes parmi ses amis.
Midi ou soir, l'établissement est toujours très animé. Son nom n'est pas usurpé. Ici l'huître est reine. Bon, j'avoue ne pas être fan de la bestiole. Mais elle ne constitue pas la seule proposition, et il y a de quoi se rattraper. Sur la carte, pas de poisson. Que des fruits de mer. Mollusques et crustacés. Déclinés de toutes les façons. Servis crus sur d'immenses plateaux, cuits à la plancha ou en "nage", des moules de Barfleur aux somptueux homards bretons. Risotto, ratatouille niçoise ou délicieuse purée aux olives et à l'ail les accompagnent... Simplicité, raffinement et abondance... Et les desserts...
Un apéritif pour se mettre en train ? Je vous recommande l'americano maison. Le ti punch aussi.
Et puis on est bien accueilli, et cela compte beaucoup. Le patron, Stéphane Barq, règne avec "poigne", dynamisme et sourire sur une équipe adorable. Le service est effectué par deux jeunes gens attentionnés, serviables, aux petits soins. Je me sens bien ici. J'aime l'ambiance, jamais guindée. Je passe au "Comptoir" des moments d'exception. A la fin du repas je commande souvent un deuxième café, histoire de prolonger la soirée. De faire durer le plaisir d'être là. Car le temps passe toujours trop vite...
A chaque visite, trois ou quatre fois par an, s'ajoute le souvenir des moments sans prix vécus ici. Des moments simples, réconfortants. Au cœur du monde portuaire, loin de l'agitation de la ville, c'est un lieu où revenir. Une petite partie de mon histoire dieppoise s'écrit là...
Comme lorsque je quitte Dieppe ou Rouen : quand, la prochaine fois ?

Monsieur Barq, un déjeuner ou un dîner chez vous, c'est une fête.


Le Comptoir à Huîtres
12, cours de Dakar
Quai de Norvège
76200 Dieppe
02 35 84 19 37

Fermé les dimanches et lundis.

*Un mot que ma mère m'a appris à Dieppe alors que j'avais sept ans. Ou peut-être six. Je me souviens très bien des circonstances de cette découverte. J'étais étonnée qu'un mot puisse être si proche d'"agrume" et en même temps si éloigné par le sens. Merci, Maman ;-) !
**Z'appareil numérique... mais vous devez le savoir maintenant !

mercredi 21 mai 2008

Comme à Ostende et comme à Dieppe


Ce n'était pas mon week-end le plus réussi. Il a plu les deux tiers de la journée de dimanche. Pas des gouttelettes, des hallebardes. On nous a servi des moules à l'odeur suspecte dans une brasserie du quai Duquesne dont je tairai le nom. Le patron et la serveuse nous ont fait la gueule, par-dessus le marché ! Je me suis promis de ne plus y aller. C'était depuis un an un de mes "points de chute" dieppois, mais la perte est-elle si grosse finalement ? Question réthorique, bien sûr ! J'ai eu froid. Et, drame suprême, je n'ai rien vu de tentant dans les vitrines.
La Normandie, je la vois et la voudrais parfaite. Mais pourquoi faudrait-il que tout soit toujours réussi, hein ? Tout ne peut pas toujours être parfait ! L'idéal, la perfection ne sont pas de ce monde. Dieppe vit, oscille, change d'humeur à un rythme qui n'est pas forcément le mien. Parfois la représentation refuse de se superposer à la réalité, mais c'est le pari, le risque de vivre, et il me faut accepter cela. Je l'ai compris, je crois. Deviendrais-je philosophe ?
J'ai découvert le château de Miromesnil, où est né Maupassant. Un peu chère, la visite, soit dit en passant (et, non, ce n'est pas pour la rime !) ! Bel édifice dont j'ai tout de même préféré la façade "invisible", visage de briques plus rustique et plus noble. Chapelle, pièces du rez-de-chaussée, jardins parcourus avec un guide agréable - le maître des lieux si j'ai bien compris ! On zappe la chambre natale de Guy. Pas d'émotion particulière... du moins pas liée au grand homme, un de mes auteurs préférés pourtant (lire : un des plus consolateurs, des plus aptes à entretenir mon inextinguible nostalgie). La veille, visite nocturne du château-musée de Dieppe à l'occasion de la Nuit des Musées. Magique ! Un musée la nuit, c'est presque un interdit transgressé, un fantasme réalisé. Entre les vitrines aux ivoires sculptés, les toiles de Boudin, Pissaro, Sisley, les maquettes de bateaux réunies dans un ensemble quelque peu disparate mais attachant, on bascule dans l'irréel. Mais c'est la fête. Les visiteurs se pressent, les enfants courent. On se perd dans les allées, on se trompe de sortie, on se tord les pieds dans les pavés, mais ce n'est pas grave, c'est juste délicieusement angoissant, dans cette montée éclairée par des torches, cette cour, baignée d'une lumière jaune vacillante, qui doit ressembler à ce qu'elle était au Moyen Âge...
J'ai aussi goûté l'Oban, tourbé mais pourtant miellé et suave, dont il faudra que je m'offre une bouteille un jour...
Pourtant j'ai ressenti cette fois-ci quelque chose qui ressemblait à de l'ennui (hum hum, je crois bien que j'ai fait une litote...). Comme un vide que j'emporterais toujours avec moi. Mise face à face avec mon errance, peut-être. Ni avec, ni sans. Ni là, ni ailleurs. Pourtant, dès que je tourne le dos à la mer et sors de Dieppe, le manque s'installe. Un manque de tous les instants. La route du retour se déroule, la Normandie s'effiloche, s'éloigne, disparaît. Quand, la prochaine fois ? Vais-je "tenir" jusque là ?
En attendant, écrire, parcourir les cartes routières, rêver, se forger des certitudes face à un horizon brumeux...


mercredi 9 avril 2008

Une métaphore navale, nautique et maritime



Impression que mon passé s'effiloche, sans que rien soit venu le remplacer au présent, ni dans ses éléments ni sans sa globalité. Les points de repère dont j'essayais de me convaincre qu'ils étaient immuables ont disparu. Tout ceci fait l'objet de sombres ruminations. J'ai eu de plus une journée de merde : cette nuit des crétins ont détérioré ma voiture. Soucis redoublés par les démarches inévitables qui s'ensuivent. Je me sens un peu comme le Frya qui, dans son chantier naval dieppois, attend une improbable partance. Et puis... Coup de fil d'un client. Nous parlons quelques minutes et c'est agréable. Nous échangeons au sujet de nos métiers respectifs. J'entends des propos posés et sensés. Et, accessoirement, une promesse de travail (j'ai l'habitude et je reste prudente). Mais ça n'est pas l'essentiel. La conversation m'a sortie de mes pensées, remise à flot. C'est temporaire, mes étoiles ne se sont pas rallumées, mais mon instinct de survie est satisfait ! Celui-là...
Ça ne me fait pas oublier que la Normandie me manque à mourir.

PS : le lendemain, le Frya avait quitté son chantier...

dimanche 3 février 2008

La petite route

Là-bas

C'est la partie finale de mon itinéraire vers Dieppe, à ne pas confondre avec LA route, qui d'une façon beaucoup plus large commence dès que j'ai franchi le seuil de chez moi.
C'est le moment que j'attends. Celui où on quitte les grands axes pour prendre les chemins qui mènent à la destination attendue. Je déplore au passage que la mythique Nationale 29, la pauvre, ait été déclassée pour d'obscures raisons de gestion, c'est-à-dire de fric. On tourne à droite. Il faut faire attention à ne pas manquer ce carrefour si peu repérable. J'attends cet instant avec fébrilité, car c'est là que je bascule dans un autre univers. Je suis en Normandie. Oh, j'y suis déjà depuis un petit moment, depuis que j'ai franchi le panneau m'indiquant l'entrée dans le département de la Seine-Maritime. Il s'agit d'une frontière administrative, même si symboliquement elle représente beaucoup pour moi. Mais je n'ai pas encore vraiment franchi le seuil... Mais ce n'est pas encore ma petite route...
Dès les premiers mètres, une rivière longe la départementale à gauche. Jaillie de sous un petit pont, c'est l'Eaulne, qui brasse ses bouquets de cresson sauvage. Eaulne, un joli nom, une syllabe et demie grave et mélancolique... Le cours d'eau m'accompagnera un petit moment. Déjà, on est ailleurs. Les colombages, les massifs de fleurs, les prés, les vallons... C'est comme si la saveur de mon environnement changeait, et j'ai beaucoup de mal à définir cette notion. Paysage, lumière, couleurs, odeurs, pensées... Mes Normandie réelle et rêvée sont si étroitement entremêlées que je ne cherche pas à les distinguer. A ce moment elles ne font qu'une, et c'est miraculeux. Je me contente de me laisser bercer, imprégner par cet essaim de sensations.
Au fil des trajets, j'ai appris à bien connaître les villages, les hameaux, les croisements. Ils sont autant de points de repère indispensables, de gradations dans ma progression. Je les aime, ces lieux. Chacun d'eux me rapproche de Dieppe, de la mer. Ils sont toujours hantés par des souvenirs d'allers et de retours. Je passe souvent vers treize heures, l'heure tranquille. Tout paraît paisible, comme oublié. Tout se fait harmonieux, prend sens, jusqu'aux coulées d'arbres qui nappent les côteaux sur ma gauche. J'aime aussi les noms des lieux traversés. Vatierville, Clais, Londinières, Douvrend s'enchaînent dans un ordre immuable, rassurant... On passe au pied de la magnifique collégiale d'Envermeu, mais je me suis jamais arrêtée...
Je me demande parfois si je pourrais me poser dans un de ces villages, y vivre. Un rêve que j'abandonne dix fois et qui m'attend au village suivant, qui ricoche sur chaque lieu au rythme du trajet. Ou simplement, je voudrais m'attarder et je regrette de ne pouvoir le faire. Pourquoi ? Parce que c'est ici que tout se joue et se noue. Parce que ce n'est pas "chez moi". C'est l'entre-deux nécessaire mais fugace, la promesse. Parfois je m'arrête pour une photo, mais je suis toute à ma hâte d'arriver. Je suis vouée à n'être qu'une passante... Et mon regret participe sans doute au charme poignant du voyage...
Deux châteaux d'eau plantés côte à côte m'indiquent l'imminence de l'arrivée. La mer surgit au bout de la route, nue, inaccessible et proche. C'est une barre à l'horizon, parfois à peine distincte du ciel. A chaque fois, mon cœur bat plus vite.
Nationale 29. Le village se nomme Mortemer. On tourne à droite. Dans quarante minutes je serai à Dieppe. Je remercie les petites routes d'exister. Sans elles nous ne connaîtrions pas le bonheur de l'attente.