lundi 22 février 2010

A l'origine (peut-être)...

Que fait une blogueuse en manque de temps, à l'instar de Gris-Bleu, et d'inspiration ? Elle exhume des vestiges de sa jeunesse de vieilles photos. Mais pas n'importe quelles photos. Des images fondatrices, qui  témoignent de la persistance de mon attachement à la Normandie, de l'authenticité de ses racines !
A vrai dire je n'ai pas beaucoup changé... hormis la couleur de mes cheveux qui a évolué naturellement du blond vers le brun. J'ai aussi un tout petit peu grandi. Sinon, je suis la même !
C'était les années 70. Un été, mes grands-parents avaient loué une maison au Tronquay, près de Lyons-la-Forêt, pour les vacances. Rien ne manquait à l'appel : les pommiers, les vaches, les colombages. Les petites routes. La belle et vive Andelle dont la vallée est toujours chère à mon cœur. Et un sentiment de mystère diffus, comme si une puissante magie primitive résidait derrière les choses les plus simples, qui reste associé à ce pays et ne m'a jamais quittée. Parfois le mystère se matérialisait, se focalisait sur quelque lieu ou objet. L'Allée des Cachots (ou des Trous), dans la forêt de Lyons, une histoire d'attaque d'un convoi allemand par des résistants, ma terreur face à la statue de Saint Michel terrassant le dragon dans l'église de Blainville-Crevon... Des choses trop compliquées, trop "adultes" pour moi, perçues avec un regard d'enfant comme au travers d'un microscope... Des images à mi-chemin entre imaginaire et réalité, au point qu'il m'est arrivé de me demander si je n'avait pas rêvé ces lieux... Je suis retournée il y a longtemps à l'église de Blainville-Crevon pour revoir la statue (qui  n'était pas là,  à ma grande déconvenue, car en cours de restauration, mais elle existait bel et bien) et déchiffrer des inscriptions sur des pierres tombales, et il me faudra m'y rendre encore, pour me replonger dans cette atmosphère et donner forme à ces réminiscences... A moins que ma vision d'adulte ne les ramène à des dimensions rationnelles... Mais même mes recherches sur le Net semblent parfois brouiller les pistes, me renvoyant à des faits, des noms différents ou... à rien du tout, au point de me faire douter de ma mémoire...
Quoi qu'il en soit, mon jeune esprit encore ductile fut marqué à jamais ! Quelques décennies plus tard, je suis toujours là à en parler, à me questionner et à questionner mes souvenirs, à me remémorer les soleils de mon enfance, en souhaitant que ce voile de mystère qui participe de MA Normandie résiste encore et toujours au passage du temps...

dimanche 7 février 2010

Nacelle, ma belle...


"Chatte tigrée rousse" : c'est ce que le vétérinaire inscrivit sur ton carnet de vaccination, quelques jours après ton arrivée, dans quel état ! Sauvée de la rue après avoir été battue...
Pelure...
Compagne de treize années et demie... Le temps passe vite pour les chats et les humains... 
Grosse Nana...
Vive, aimante et gourmande...
Mon "chat d'écrivain"...
Des yeux insondables fermés à jamais sur leur mystère...
Ma Nana, ma Nanon...

Nacelle, juin 1996 - 30 janvier 2010

jeudi 21 janvier 2010

Dame de coeur(s)


Il sera ici question du trafic de cœurs. Pas d'un sordide négoce clandestin d'organes. Pas le muscle creux qui bat dans la poitrine, mais le fromage. Beaucoup d'entre vous le connaissent sans doute.
J'aime le cœur de Neufchâtel. C'est par chauvinisme. Un chauvinisme de horsaine pour qui tout ce qui vient de la terre aimée est sacré.
Je le préfère fondant. Il est aussi excellent chaud, en tarte, sur une pâte levée, relevé d'une pincée de muscade.
Si la plupart des magasins d'alimentation - dans ma région du moins - en proposent, les meilleurs s'achètent en Normandie. Ils sont l'objet des soins de petits producteurs. Le doux manteau blanc velouté est le produit de mains amoureuses et soucieuses du travail bien fait. Où que je me les procure, je me précipite toujours sur l'étiquette pour entendre chanter les noms du pays de Bray. Illois, qui se trouve sur ma route, Mesnières-en-Bray, mais aussi Buchy... Que des lieux connus qui me parlent de ce "chez moi" qui me semble parfois si lointain...
Autour de moi, les gens savent que j'aime la Normandie. Eux aiment le fromage. Alors, chaque fois que je vais "là-bas", j'en rapporte une cargaison. Au retour la distribution a lieu. Il y en a un pour la dame qui vient non seulement nourrir mes chats, mais leur parler et les caresser lorsque je suis au loin. Pour le garagiste, pour l'amadouer et lui faire oublier mes dettes le remercier de changer une ampoule ou de vérifier les niveaux de la Tine gracieusement.
Tout le monde s'extasie et se régale.
Face à ce succès, j'envisage de me lancer dans un trafic à grande échelle. Je passerai le permis poids lourd et rapporterai des chargements du précieux butin au nez et à la barbe des gabelous. Je fourguerai des cœurs sous le manteau. Les amateurs se les arracheront à prix d'or. Au bout de quelques mois de ce commerce aussi lucratif qu'illicite, je pourrai m'offrir une Excalibur ou une Porsche Cayman, voire une Twingo. Ce sera le bonheur !
Quant à moi, qui suis une petite maligne, je me réserve la bonde, qui ne se trouve que dans son terroir, chez les fromagers de Dieppe ou de Rouen. C'est la version cylindrique du neufchâtel. C'est encore meilleur. Ça "goûte" la Normandie éternelle, celle qui réside à jamais dans mon âme.
Comment ça, passer le permis 40 tonnes ??
Bon week-end !


mardi 5 janvier 2010

Considérations relativistes

Le temps passe vite en Normandie. Trop vite. Tellement vite qu'un jour je serai rentrée avant d'être partie. J'ai d'ailleurs constaté d'étranges distorsions de l'espace-temps sur mon itinéraire. Ça commence sur ma petite route. A un endroit, un panneau indique "Dieppe 20" et un autre, quelques kilomètres plus loin, "Dieppe 23". C'est bien là la preuve que la configuration géographique et géologique a une forte incidence sur les distances, qui se dilatent ou se contractent dans une mesure inversement proportionnelle au temps écoulé. Vous serez d'accord avec moi, cette expérience vérifie la théorie de la relativité générale. La Normandie est relativiste !
Tout ça ne me dit pas où se sont évaporées les quarante-huit heures que j'ai passées à Dieppe et Rouen. Tout d'un coup elles se sont retrouvées derrière moi, hop, disparues le temps d'un claquement de doigts. Le même phénomène se reproduit à chaque séjour. Vous m'avouerez que c'est bizarre.
Le trajet, trop long, trop court, répond lui aussi à une singulière perception du temps. L'arrêt-café réglementaire sur mon aire a eu lieu. Cependant je n'ai pas osé m'aventurer trop loin, car le fond de l'aire effraie. Les brebis de Douvrend étaient au bercail, à ma grande déception. A moins qu'elles n'aient échappé à mon microscope électronique. Mais j'ai pu saluer le mouton de Fréauville, fidèle au poste, lui !
Les quarante derniers kilomètres suscitent toujours la même excitation, les mêmes sensations. La saveur de la Normandie est désormais sensible. Elle m'environne. L'Eaulne, les vergers, les colombages... Je crois être préparée et je suis toujours surprise, saisie par un même sentiment. Je n'ai jamais quitté ce pays. J'y reviens. Je me retrouve.
Ce que j'aime aussi, dans la Normandie, ce sont la fébrilité des préparatifs, la route, l'attente.

Le meilleur moment, en amour, c'est quand on monte l'escalier.

vendredi 1 janvier 2010

Voeux lus et voeux velus


 
A vous tous, chers lecteurs dont la fidélité m'encourage à poursuivre ce blog, j'adresse mes vœux de bonne et heureuse année.
Que 2010 compose pour vous et ceux qui vous sont chers un bouquet de fleurs précieuses nommées joie, santé, sérénité, projets réalisés et rêves fraîchement éclos. Sans oublier vos compagnons à quatre pattes.
Le Père Noël est passé avec un peu de retard mais le fond de sa hotte n'était pas tout  fait dégarni (voir photo)...
Et, last but not least, j'ai en ce tout début d'année eu l'immense plaisir de rencontrer Maman Mule, blogueuse talentueuse et accueillante qui sait nous faire partager ses coups de cœur et nous comble de si belles images.
Je vous reparlerai de mon périple en Normandie.
Bisous à toutes et tous !

vendredi 25 décembre 2009

La bûche



De la bûche rituelle, telle que la confectionnait ma grand-mère, il ne reste plus grand-chose ce soir. L'art culinaire exige une formation constante, et chaque année j'essaie de m'améliorer.
Il est bien connu que c'est en bûchant qu'on devient bûcheron.

mardi 22 décembre 2009

Brebis de Douvrend


Le désir de Normandie me titille. A vrai dire il ne me quitte jamais. Mon dernier séjour sur les bords de Seine remonte à près de trois mois. Il serait temps de se remplir les poumons d'air normand et de regarnir le panier à souvenirs.
J'avais évoqué dans un précédent billet les brebis de Douvrend. Douvrend se trouve sur la départementale que j'emprunte lorsque je vais à Dieppe. Entre Londinières et Envermeu. Le village est arrosé par l'Eaulne, cette magnifique petite rivière dont la seule vue suffit à me remplir de bonheur : dès que j'aperçois ses berges, je ris. Je parlais depuis longtemps de ces ovidés devenus mythiques, sans confirmation de leur existence. Comme les physiciens qui prédisent le boson de Higgs dans leurs théories mais ne l'ont jamais observé. Jamais CERNé serait plus juste. Les brebis de Douvrend, c'était une private joke des familles. Pourtant j'espérais toujours que ma théorie se vérifie. Il y avait certes le fameux bélier de Fréauville, les illustres moutons de l'Epinay (rien qu'à écrire ces noms, le manque se creuse davantage), mais ce n'était pas ce que je recherchais.
Je n'ai pas eu besoin d'un accélérateur de brebis, d'un collisionneur à moutons niché dans le sous-sol genevois pour les voir enfin. En août 2007, j'en ai aperçu une, puis une deuxième, dans un pré qui domine la route. Cris de surprise et de ravissement dans la voiture ! Des gens qui se trouvaient sur le bas-côté se sont retournés sur mon passage. Pas comme le mouton retourné, je vous rassure. Mais mon intuition était confirmée !
Depuis je les ai revues régulièrement. Il y a quelques mois, pour être sûre que je ne rêvais pas ou ne souffrais pas d'hallucinations, je les ai photographiées. Elles sont bien réelles. Elles sont très belles, avec leur tête noire.  Et très paisibles. J'adopterais volontiers une d'elles.
Las, la dernière fois que j'ai emprunté ma petite route, elles n'étaient pas là. Elles avaient sans doute, en cette fin septembre, pris leurs quartiers d'hiver dans leur bergerie. J'en ai conçu une forte déception.
Pourquoi les brebis de Douvrend (qui sont peut-être des moutons) ? Qu'ont-elles donc qui les différencie des autres ? Tout est parti de ma chatte angora Mouna. Elle ressemble à une brebis (d'ailleurs très peu de mes chats ressemblent à des chats). Son miaulement s'apparente au bêlement. Je l'appelle Mouna-Mouton. Ou Mouna-Khnoum, du nom du dieu égyptien à tête de bélier qui modela les hommes dans la glaise sur son tour de potier. Mais pourquoi Douvrend ? Quel écho ce toponyme a-t-il éveillé en moi ? Mystère.
Quand reverrai-je ces ovins emblématiques de la Normandie, ou plutôt du voyage, de la Route (ma petite route qui se trouve affranchie d'un adjectif réducteur et adoubée au passage d'une très solennelle majuscule. C'est ça la force du souvenir). Ou, à défaut de les apercevoir, projetterai-je leur image dans une pâture désertée jusqu'au printemps ?
En espérant qu'elles n'aient pas fini en gigot.