dimanche 10 juillet 2011

Chais et chats


On dirait que la Fée a une fois de plus guidé mon choix. En matière de vin, comme elle le fit déjà. Domaine des Garances ! Ça ne s'invente pas !
Mascaret, "le Hardi", maillot du meilleur grimpeur au Tour de France 2010, a donné son agrément. Ce pourlèchement fort à propos augure du meilleur quant au contenu de la bouteille.
Voilà qui m'a mis du Beaumes au cœur.
PS : Quel est le vin qui guérit la cécité chez le chat ?
Mettez la phrase qui suit en surbrillance et vous le saurez !
-->Le minervois.

dimanche 3 juillet 2011

Plein la vue


Ce n'est un secret pour personne, je porte des lunettes pour lire et travailler sur mon ordinateur, j'ai nommé la "Bête". Or, l'âge venant, il m'est de plus en plus difficile de parcourir la quatrième de couverture d'un livre de poche ou de déchiffrer la composition d'un produit quelconque. Aussi me suis-je donc laissé tenter, chez Hema, à la faveur des soldes qui plus est, par une paire de lunettes de lecture que j'appelle "de dépannage". Elles ne quitteront plus mon sac et me permettront de lire le nom d'un rouge à lèvres - acte essentiel bien sûr - sans faire appel à une aide extérieure ou tenir le tube à bout de bras, souvent en vain. Quel meilleur moyen de lutte contre la perte d'autonomie !
Et puis, je l'ai remarqué, ces lunettes, rouges et toutes mignonnes, ressemblent à celles d'Eva Joly. Si elles me font en plus une gueule norvégienne, ça ne sera pas pour me déplaire...

mercredi 15 juin 2011

Garance la Fée


Triste anniversaire le 10 juin. Dies irae. Trois ans plus tôt, Garance s'en allait. Trois ans sans Garance...  Trois ans et un manque toujours palpable...
J'ai choisi de ne pas parler d'elle ce jour-là. Elle n'aimait pas les larmes et pour sa mémoire nous ferons la guerre à la tristesse. Mieux valait associer son souvenir au jour où elle a débarqué chez moi, sans prévenir, sans que j'aie le moindre commencement d'idée, pauvre de moi, de ce qu'il en coûte d'accueillir une Fée à son domicile.
Il y a neuf ans, le 15 juin 2002, un samedi, Garance arrivait dans les bras de Victor le menuisier. Elle n'était pas encore Garance et je ne savais pas encore qu'elle était une Fée... J'entends encore les mots du "découvreur" (ou du "porte-fée") : "Ce n'est pas à vous, ce chat-là ?". Ben, non, ce n'était pas un fugueur ramené au bercail, et faible comme je suis je l'ai gardé, sans savoir ce que j'allais bien pouvoir faire de "ce chat-là", avec son air sauvage et son long nez. La magie était déjà à l'œuvre à mon insu.
Garance, initialement et provisoirement baptisée Okoumé, était là.
Garance, la vraie Fée norvégienne. Celle qui allait m'ouvrir les portes d'univers insoupçonnés et influencer mes lectures. Petit chat, grands pouvoirs. Les effets de sa magie se font encore sentir, des témoins dignes de foi vous le confirmeront.
Garance, la belle Nordique, bénie d'Odin. Quelque chose la rendait unique, mais quoi ? Je n'ai pas fini de m'interroger...
Garance, mon ocelot d'Oslo.
Garance, mon Aurore Boréale.
Garance, qui a fait naître des dictons tels que : "Il faut toujours aimer les Fées" ou encore "Il ne faut jamais encourir le courroux des Fées". Avec beaucoup de "r". En référence, sans doute, à ton caractère de cochon. Que ne ferais-je pour y être, de nouveau, confrontée, dans le rire et les pleurs ?
Il faut toujours célébrer les Fées, présentes ou absentes.
Garance, le Chat-Fée plus qu'aimé : vénéré, idolâtré.
Peut-on aimer les Fées autrement ?



dimanche 29 mai 2011

La Reine Annie du Nord

Alexandre Vialatte disait : "Une mère qui n'aurait pas eu d'enfant ne serait pas vraiment une mère". On ne peut que souscrire à cet avis marqué au sceau du bon sens même, allié à une réflexion poussée et étayée. Je m'étonne toujours d'avoir trouvé une mère qui ait bien voulu me mettre au monde. Une mère qui se soit dévouée. C'est pourquoi je voudrais remercier ma mère, en ce jour où il est d'usage de célébrer sa génitrice à grands coups de bouquets, de fers à repasser à vapeur et de machines à expresso. Quand ce n'est pas de friteuses qui font économiser l'huile. Le progrès fait rage.
Ma mère relit parfois mes billets. Elle traque la coquille, la faute d'accord et la tournure un peu chtarbée. Son regard est sage et acéré. Vous imaginez parfois son effarement devant mes conneries bêtises. Mais elle a l'habitude. C'est elle qui m'a faite. Elle connaît le produit.
Son père, mon grand-père, était ukrainien. Une mère à moitié ukrainienne, me direz-vous, doit être une mère vraiment folklorique. C'est vrai. Il faut la voir exécuter une danse galicienne aux pas savants sur une musique nasillarde. Parfois même accompagnée du son de l'accordéon.
Je sens que je vais me faire appeler Arthur, moi...
Elle m'a instillé, très tôt, à travers le goût des belles histoires, celui des livres, de la lecture. Celui des chats, de la mer, des bateaux, du parfum, de la Normandie. Puis, un peu plus tard, celui du whisky. Bien tourbé et fumé de préférence. Un Islay au nom imprononçable. Toutes choses parfaitement superflues et parfaitement essentielles, vitales. Les mères ont instinctivement le sens de ce qui compte. C'est ce qui fait leur grandeur.
Enfin, j'en veux à ma mère. Je ne lui pardonne pas de ne pas m'avoir transmis ses yeux bleus. Par sa faute je me suis vu doter d'un regard bovin des plus quelconques, au lieu de mirettes azur qui font rêver au lac Baïkal, aux flots du Don et aux côtes paradisiaques de Crimée. Explication donnée : le fournisseur d'yeux bleus était en rupture de stock. Alors je ravale ma déception et je fais avec, bien contente quand même d'avoir deux yeux, alors que tout le monde n'a pas cette chance.
Cela dit, ma mère, j'en suis tout de même très satisfaite. Et je tenais à le lui faire, si besoin en est, savoir.

Bonne fête, Maman !

mercredi 25 mai 2011

Dans un vent d'héliotrope


Vous est-il déjà arrivé de sentir, quelque part dans la chaleur de juin, au détour d'une route, d'un parking, en ville ou à la campagne, un parfum de fleur non identifiable ? On ne sait d'où il vient, de quelle plante ou  de quel arbuste il émane. Il est à la fois évanescent et capiteux, présent et insaisissable. C'est comme une odeur de pollen portée par le vent chaud. L'odeur même de l'été.
C'est cette impression que m'a faite Héliotrope, de la maison milanaise Etro, célèbre pour ses imprimés cachemire, moins connue pour ses parfums.
L'héliotrope, avec la tubéreuse ma fleur préférée en parfumerie, pour moi, c'est tout d'abord un des plus beaux aspects de L'Heure Bleue (qui la présente sous sa forme synthétique, l'héliotropine). Elle se glisse sur la peau en fin d'évolution et évoque des volutes de papier d'Arménie en combustion. L'héliotrope me rappelle aussi les parterres des jardins de Trianon où s'activent une nuée de jardiniers, tout affairés au repiquage et à l'entretien des précieux plants aux fleurs mauves. Sa fragrance mêle arômes de miel et de tabac blond. Elle est proche, par le parfum, d'une plante aux minuscules fleurs bleues sentie pour la première fois à Jersey. J'en ai oublié le nom - un nom latin compliqué. Elle est plutôt rare au nord de la Loire.
Dans Héliotrope, lancé en 1989, je retrouve ce bouquet fluctuant, indécis et pourtant puissant - comme les immortelles brûlantes de Sables - qui s'allie à des notes amandées pour ouvrir le bal. Il est vite soutenu par une bouffée d'amertume, l'amertume minérale, crayeuse, d'un éclat de pierre calcaire. Je détecte également le foin coupé. Puis le parfum se fait poudré, un peu sucré mais pas trop, pour ne pas susciter l'écœurement et sombrer dans la mièvrerie. Son évolution varie selon les supports. Ses ultimes notes, sur la peau, sont un murmure d'amande caramélisée, tandis que sur les vêtements il laisse la trace suave du fameux papier d'Arménie.
Chose curieuse, sa découverte ne m'a pas surprise, car il était conforme à ce que je m'imaginais. Certes, il est moins complexe et sophistiqué que ma vieille Heure Bleue. Il ne prétend pas la concurrencer. Il convient aux jours chauds, et j'aime l'idée de me balader au cœur du nuage odorant énigmatique décrit plus haut et dont il est la transcription en flacon, j'aime l'idée de l'avoir enfin retrouvé.
J'ai hâte de sentir d'autres créations Etro...
Héliotrope, enfin, convoque, je ne sais pourquoi, des réminiscences d'été normand. Les senteurs exacerbées de la nature se développent dans l'air statique et chaud. Je vois des murs blancs poudreux zébrés de colombages. Une abeille bourdonne, par une fenêtre ouverte un cône de soleil accuse la poussière en suspension dans la pièce. Le temps s'est ralenti.
Un parfum de chambre normande.

Illustration : site Etro

mercredi 27 avril 2011

De nouvelles cordes à mon Arques

Des maisons de caractère...

Les anniversaires ont une fâcheuse tendance à revenir tous les ans. Qui plus est, à la même date, ce qui ne laisse pas de réduire à néant tout effet de surprise. Qu'à cela ne tienne, fidèle à la "tradition", je fêterai le mien en Normandie. Cette année, il coïncide avec les fêtes de Pâques.
Deux belles découvertes m'ont été offertes en ce week-end normand. Ou plutôt trois. Tout d'abord, le village d'Arques-la-Bataille. Dieppe n'est qu'à six kilomètres et pourtant, je ne le connaissais pas. Une lacune que je me suis attachée à combler en parcourant les rues, en admirant les maisons de brique pleines de cachet, en savourant la Normandie au propre comme au figuré.
Comment me suis-je retrouvée là ? Coup de cœur à distance pour le studio d'hôtes Cléome, découvert et choisi - faut-il dire "au hasard" ?-  sur le catalogue envoyé par l'Office du Tourisme de Dieppe. C'est décidé, c'est là que j'irai !
Cléome, je l'apprends, c'est le nom d'une fleur (ça me rappelle une réplique des Enfants du Paradis, où la fleur se nomme Garance...) élu par les propriétaires qui privilégient l'agrément de leur jardin. Dans leur longère, Carole Llanes et Sylvain Mouchel ont aménagé et décoré avec beaucoup de goût un "studio d'hôtes" très confortable qui possède un coin cuisine bien équipé, une télé et une agréable terrasse où il fait bon lézarder dans les chaises longues. L'ambiance décline avec bonheur un camaïeu de gris et de bruns harmonieux et reposants.  On est là dans un calme absolu, loin du bruit du trafic et de la folie urbaine. Le jardin qui s'étire le long du bassin-source offre une belle vue sur le château. On s'y balade parmi le parfum des lilas.
Une fois posé, on n'a plus envie de bouger, de courir Dieu sait où, à la poursuite de quoi, d'ailleurs ? Il suffit d'être là, de se laisser gagner par la paix et la tranquillité.

Un paradis de verdure...

 Capsule, gardienne des lieux

Au petit-déjeuner, les hôtes sont gâtés. Croissants friands à souhait, pain au lin, brioche feuilletée... On accompagne ces douceurs du café préparé avec la machine à expresso mise à disposition dans le coin cuisine.
Qu'ajouter, sinon que l'accueil chaleureux vous met tout de suite à l'aise !

La cour a permis d'abriter la "Tine"

Et puis, Cléome est bien situé. Arques présente, outre ses monuments historiques (château-fort, église Notre-Dame de l'Assomption bâtie au 16e siècle) et son environnement vert et aquatique (la Varenne traverse le village), des attraits propres à satisfaire tous les goûts. Quelques pas plus bas que le studio, en direction de Saint-Nicolas d'Aliermont, s'ouvre l'Avenue Verte, qui s'étire entre eau et végétation. Elle est propice à la marche, au vélo, au vidage de tête, bref à la relaxation.
Quelques pas plus haut, en direction du centre du bourg, se trouve un lieu où récupérer bien vite les calories perdues au footing.

 Une beauté dont on ne fait qu'une bouchée (ou presque !)...


Un gallinacé qui ne craint pas la grippe aviaire...

La découverte a commencé avec les croissants et le pain servis au petit-déjeuner : une qualité qui ne trompe pas. Elle s'est poursuivie avec les gâteaux, que je me suis empressée de goûter. M. Marques, le pâtissier chocolatier, est un artiste. Il n'est qu'à voir la poule Meccano qu'il a réalisée pour les fêtes de Pâques. Elle trône sur le comptoir avec majesté et accueille les clients qu'elle fixe de son œil rond. Les créations de M. Marques, d'un grand raffinement, enchantent  les yeux autant que les papilles. Derrière la vitrine du comptoir, la palette variée des pâtisseries défie toute tentative de résistance. La file qui patiente sur le trottoir en fin de matinée me dit que mon opinion est amplement partagée...
Une chambre normande où j'ai prévu de revenir. Une pâtisserie exceptionnelle.
Deux bonnes adresses, des lieux à connaître, des "rencontres" comme celles que j'attends de la Normandie...


Studio d'hôtes Cléome
23, rue de la Chaussée
76880 Arques-la-Bataille
02 35 84 16 56 / 06 09 38 12 74
cleome@cleomechambredhote.fr


Boulangerie pâtisserie Marques
1, rue de la Chaussée
76880 Arques-la-Bataille
02 35 85 53 47

lundi 18 avril 2011

Considérations picardes et olfactives

Une fleur de saison...

Un cerisier en fleurs et une pensée pour le Japon...

Un petit tour dans les étangs de la Somme, à la faveur du beau temps, voici une quinzaine de jours. J'apprécie toujours quelques heures de ressourcement en Picardie. Routes souvent désertes qui serpentent à travers la campagne vallonnée, canal, étangs... Tout invite à la lenteur et au calme. Je traverse un paysage à présent familier. La Grande Guerre y a apposé ses marques indélébiles, mais l'heure n'est plus au silence solennel. La nature émerge de sa léthargie hivernale et c'est un déploiement de couleurs autour de moi.

Un buisson buissonnant, dans sa parure de printemps

Un esprit un peu guinguette à l'ancienne, avec sa terrasse au bord de l'eau...

Je m'offre un détour pour admirer la "belle maison" de Méaulte. L'Ancre, limpide et vive, longe le terrain. Selon mes recoupements, il s'agit du Domaine des Viviers, demeure construite pour l'avionneur Heny Potez (NB : rien à voir avec le Chat Potté). Le pavillon du gardien, avec ses rondeurs de maison de Hobbit, vaut à lui seul le détour. La bâtisse elle-même est bien cachée au fond d'un parc. Je serais prête, comme le dirait Varg Veum, à louer la boîte aux lettres, si mes moyens me le permettaient. De plus j'aurais sans doute du mal à y tenir.

 Le mystère reste entier...

Et le parfum dans tout ça ? Eh bien j'assimile la belle maison de Méaulte à Vol de Nuit. Je les dirais unis par une même esthétique ; ils ont selon moi beaucoup en commun. Tous deux sont nés à la même époque - les Années Folles - 1927 pour l'une, 1933 pour l'autre. Tous deux évoquent le monde de l'aviation. Tous deux possèdent le même charme hautain et mystérieux. Ils ont l'étrange beauté, quelque peu figée, des choses modernes en leur temps et aujourd'hui surannées. Un décalage qui les rend fascinants. Comme si nos yeux, notre nez du XXIe siècle ne pouvaient capturer la totalité de leur âme ; une part en est destinée à nous échapper. C'est sans doute cela qu'on nomme nostalgie.
Amoureuse de Vol de Nuit, j'en trimballe toujours quelques fiolettes dans mes poches et mon sac, pour le plaisir de les humer où que je sois. L'extrait est, bien sûr, sublime. Il y a deux flaconnettes sur mon bureau, vides. En apparence seulement, car c'est la présence du parfum que je perçois en entrant dans la pièce. Les minuscules contenants de verre en ont gardé la trace et l'exhalent avec constance (sauf quand Sables, dont je m'arrose par beau temps, vient le bousculer sans ménagement).
Contrairement à la "belle maison", les "vieux" Guerlain (dont L'Heure Bleue, évidemment) sont des figures du passé accessibles. Je me dis que ces survivants d'époques révolues subsistent tant que nous leur prêtons notre peau pour perpétuer leur splendeur.