samedi 4 février 2012

Sans lui


Mon chat Mascaret a rejoint un panthéon félin déjà trop peuplé.
Tout ça a été trop rapide. Un chat patraque d'abord soigné pour des troubles digestifs. Une insuffisance rénale sévère diagnostiquée trop tardivement. Affection des tissus rénaux ou calculs, nous ne le saurons pas. Si une première perfusion, le vendredi, l'avait reboosté et nous avait permis de reprendre espoir, la seconde, le samedi matin, lui a été fatale. Ce fut la perf de trop. Son organisme affaibli ne l'a pas supportée. Le retour dans les larmes à la clinique vétérinaire. L'au revoir, l'endormissement, sa belle tête entre mes mains, avant l'ultime injection, puis la séparation.
Je n'étais pas préparée à une fin aussi brutale. On ne l'est jamais.
Mascaret accumulait des tas de surnoms. Les plus employés étaient Mascar, le Hardi, le Tout-Doré et surtout Bébert. Bébert-Lingot, le chat en or. Entre nous, un lien que je qualifierais de fusionnel. Dans les moments de stress, il ne me quittait pas et me gratifiait de câlins. Il me disait : "Je suis là, ne t'inquiète pas". Il me protégeait (des araignées notamment). Il exprimait par des cris sa tristesse ou son mécontentement si je devais me lever et le poser à terre ou sur mon lit.
Il était aussi un compagnon de repos et de travail. Je reconnaissais son pas dans l'escalier. Il sautait sur mon bureau, me fixait de son regard magnifique puis venait s'installer sur mes genoux.  Il aimait à "nicher" au chaud. Mais sa spécialité consistait à sauter sur les épaules, d'où son surnom de Hardi Grimpeur. Il visait son point de chute, calculait la distance et la force nécessaire et hop, il se retrouvait perché à quelques centimètres de votre tête ! Moi qui ai côtoyé des chats durant les deux tiers de ma vie, je n'avais jamais vu ça ! Parfois il venait à ma rencontre dans l'escalier. A mi-parcours, d'un bond, il atterrissait sur mon dos. Tous ces sauts étaient précédés d'un "cri de grimpage" bien identifiable : rrrrroooouuu rrrrrooouuu  rrrrrooouuu. Il se promenait ainsi à dos humain. J'étais le premier funiculaire pour chat.
Je lui disais : "Mascar, tu es extraordinaire, tu es prodigieux, tu es phénoménal !".
Je le revois rentrer du jardin. Le soleil joue avec sa robe dorée. Silhouette svelte, fières moustaches blanches, yeux en amande, démarche royale. Un tigre.
Je me souviens des fugues qui ont jalonné ses deux premières années. Je m'arrachais les cheveux. Quatre, six, sept jours... Et puis je le retrouvais dans la maison, comme si de rien n'était. Il annonçait son retour par un petit gloussis. Et c'était la fête.
Je le revois accourir vers moi joyeusement en miaulant pour m’accueillir alors que je rentrais de Normandie. Il avait reconnu le bruit de la Tine ou entendu ma voix. Ces retrouvailles allègres avaient adouci la tristesse du retour.
Nous ne l'attendrons plus, il ne nous attendra plus. Nous ne le serrerons plus dans nos bras.
Il fut aimé, adoré, idolâtré. Divinité tutélaire des humains, protecteur du foyer, il a maintenant des ailes, il a acquis l'immortalité. Son esprit demeure en ces lieux où il est né et a vécu. Sa beauté est éternelle. Sa présence se perpétue dans nos cœurs à travers souvenirs, photos et récits. Mais cela ne me console guère.
Tu t'en es allé beaucoup trop tôt, Mascar. Tu nous manques.
Repose en paix, "mon Monchat"...

Mascaret, 10 avril 2007 - 28 janvier 2012

Le Lascar était la star de The Normand Bedroom. Vous le retrouverez, lui et ses exploits, ici (entre autres) :

La cousine Simone
Vol au-dessus d'un nid de matous
Chats et croisées
La nuit, tous les chats sont griffes
Mascaret, chat martyr
Une après-midi d'été
Tour de France










mardi 17 janvier 2012

La tête haute et le sourire aux lèvres

C'est la dernière réplique de la Reine Margot dans le film éponyme (on vient de trucider son amant. On serait abattu à moins). Mais il y a quelque chose d'invincible chez Margot. N'ayant pas lu le roman de Dumas, je ne sais si ce trait de caractère a été voulu par l'écrivain ou par le réalisateur, Patrice Chéreau. Margot, incarnée par Isabelle Adjani, est plus forte que ceux qui complotent sa déchéance. Ou veulent sa peau.
La tête haute, le sourire aux lèvres, ce n'est pas si facile tous les jours. Je m'en rends compte lorsque je descends dans ma cave : je peux avoir le sourire (quoi qu'il n'y ait aucune raison de sourire, sauf à l'idée peut-être de remonter quelque bonne bouteille), mais la tête haute, impossible, sous peine de bosse sur le front. Aussi Margot a-t-elle bien du mérite à toujours demeurer droite et fière face aux chagrins et à l'adversité. Vous me direz que son statut lui épargnait sans doute les expéditions au cellier...
J'avais été frappée par une scène du film qui montre un empoisonnement au rouge à lèvres. Un carmin sublime qui tranche sur la peau blanche de la dame d'honneur, tout heureuse de ce présent fatal qu'elle se hâte d'essayer. A peine le maquillage posé, la belle est prise de convulsions et ne tarde pas à trépasser. Heureusement, ce procédé perfide n'est plus de mise, et si on m'a déjà prêté des voitures scélérates, on ne m'a jamais offert de rouge empoisonné.
Où veut-elle en venir, vous demandez-vous. Eh bien voici l'objet de mon propos.
En 2011, le Père Noël a de nouveau revêtu la livrée aux couleurs Serge Lutens : noir et beige. L'écrin tendu de moire qui abrite mon bien-aimé Muscs Koublaï Khan est accompagné d'une carte dépliante contenant six petits godets de rouges à lèvres. Les fameux "Fards à lèvres" Lutens qui me font fantasmer depuis quelques années déjà. J'ai enfin l'occasion de les porter.
Un rouge à lèvres, pour moi, c'est, à la louche, du gras solidifié plus ou moins concentré en pigments, qui dépose sur la bouche un film plus ou moins fin, plus ou moins couvrant. Pas très glamour vu sous cet angle.  Or je n'ai pas ressenti ce caractère prosaïque avec les Lutens. La matière adhère et se fond aux lèvres en un rendu satiné splendide. Pas de vilaine épaisseur qui plombe le teint. C'est le raffinement, la beauté ou plutôt le Beau. La palette est épurée et recherchée. Si j'ai zappé les teintes pâles (trop pâles pour moi), je me suis repue des nuances soutenues : pourpre, "vrai rouge" et vermillon. Un vermillon ("Votre Sienne") qui vous fait redresser la tête instantanément et vous aide à affronter le monde.
Las, le prix de cet objet du désir, support du rêve, si parfait qu'on le croirait immatériel, est prohibitif. On y regarde à deux fois au moins, et je ne suis pas près de craquer. C'est un hold-up, et je préfère tout compte fait garder mes économies pour les parfums de Serge Lutens. Alors je porte mes rouges de toutes marques et de toutes origines, sagement rangés dans ma pochette-fée (mais je crains que la promiscuité ne les incite à proliférer de plus belle. Il faudra, si ce n'est déjà fait, écrire une thèse sur l'abiogenèse des rouges à lèvres, ce n'est pas Maman Mule qui me contredira). Et j'essaie de me consoler : point n'est besoin de laisser un bras pour un rouge à lèvres, si extraordinaire soit-il. Un "raisin" au pedigree moins prestigieux suffit pour arborer le sourire aux lèvres. Et la tête haute.

lundi 2 janvier 2012

La Fée Pochette


31 décembre. Je pousse la porte du Printemps de Lille en ce dernier jour de 2011. Au rayon des sacs, que je longe toujours, une phrase me saute aux yeux, avant même que je sache de quoi il s'agit : Je suis une fée... Dans un bac, c'est une pochette de cuir, au milieu de ses sœurs de différentes couleurs, qui me lance ainsi des signaux subliminaux mais puissants. Comment ne pas voir la patte de Garance derrière cet appel pressant ? Je prends l'objet et l'examine, tandis que de l'autre côté de l'allée le stand MAC s'évertue en vain à attirer mon attention. La pochette, signée "Petite Mendigote", est adorable, lamée et brodée ; son zip s'orne d'un pompon de soie, dans une touche féminine et rétro. Je la repose. Un petit tour dans les rues et les magasins que la foule semble bouder. Une heure et demie, un livre et un café plus tard, je suis là, plantée devant le bac. La pochette m'attend et je me décide à l'emporter avec moi. Porteuse de son message féerique, elle va rejoindre mon sac et accueillir rouges à lèvres (ceux-ci tendent à y proliférer au point que je me demande s'ils ne se reproduisent pas entre eux. Mais je vous reparlerai bientôt de rouges à lèvres...), fiolettes de parfum ou téléphone portable.
Je commence 2012 dans un esprit poétique, marqué par l'empreinte de la Fée (bien facile pour justifier ses dépenses...).

Soyons des fées et des bons génies pour tous ceux que nous aimons.

Très bonne année à vous tous.

samedi 24 décembre 2011

Boum dodo


Il est un livre qui, par ses images et sa poésie, a enchanté ma petite enfance comme il a enchanté celle de ma mère, deux décennies et demie plus tôt. Son nom : Boum dodo. Une merveille de délicatesse, une porte ouverte sur la tendresse et le rêve, écrite en 1943 par Jeanne Cappe. Toute petite, j'étais fascinée par ses dessins signés Josette Boland, où dominait un bleu roi d'une beauté extraordinaire. Le bleu même que Niki de Saint-Phalle désignait comme porte-bonheur, je l'ai appris plus tard, et qu'elle avait choisi pour les flacons de son parfum éponyme. Un bleu profond teinté de violet qui ne cesse de me hanter, entre l'artiste iconoclaste et les vitraux de la cathédrale de Rouen. C'est le "bleu Boum dodo". Celui qui a bercé mes premières émotions picturales.
Boum dodo est un monde enchanté peuplé de petits enfants et de merveilleuses grands-mères. De chats aussi, comme en témoignent les délicats dessins de l'artiste (parce qu'il faut bien qu'il y ait des chats dans ce billet, tout de même).
Boum dodo, c'est mon enfance. Le livre a été perdu dans quelque déménagement. Je ne me faisais pas à la perte de cet ouvrage fondateur et désespérais de remettre la main dessus. Et puis, à force de recherches, je l'ai trouvé voici quatre ans sur un site d'enchères. Manquait la couverture, mais je ne m'en suis pas formalisée. Je me suis hâtée de l'acquérir, pour une bouchée de pain. Je l'ai déballé et ouvert avec une intense émotion. Sa magie, intacte, se déployait. Bouffées d'enfance. Mémoire suspendue, qui vous saisit au vol. Émerveillement. Nostalgie. Les illustrations étaient encore plus belles que dans mon souvenir et mon regard d'adulte s'en régalait.

La période se prête à cet esprit de joie naïve.

Je vous laisse admirer cette beauté précieuse et sans âge.

Bonnes fêtes de fin d'année à tous.

 



mercredi 23 novembre 2011

Eugène aux entournures


A mon grand étonnement (et par le biais d'un site de statistiques), j'ai constaté que les recherches Internet portant sur la "chasse au lion" de Delacroix aboutissent sur mon blog. Souvenez-vous du billet que j'ai publié voici quelques mois. J'imagine les lecteurs interloqués face à une histoire de pneu crevé, de névrose familiale et de garage Peugeot où l'on se risque pétrifié d'effroi.
Du coup je me sens un peu imposteuse. Des internautes curieux s'imaginent trouver mille détails passionnants sur la vie et l'œuvre du peintre romantique. Ils croient tomber sur le blog d'une peinturologue réputée, d'une spécialiste mondiale de l'art du 19e siècle. Las, de chasse au lion, point. Le fauve dont il est question, stylisé, ne rugit que sur des capots d'automobiles.
Je m'en veux d'offrir de faux espoirs à ces dizaines de curieux, férus de peinture, et conçois leur déception et leur dépit. Il faut dire que certain fameux moteur de recherche dont le nom commence par un "g" ratisse large et ne fait pas spécialement dans la précision, j'ai pu le remarquer. Il vous soumet des suggestions hors de propos avant même que vous n'ayez tapé en entier l'objet de votre requête. Voilà comment de malheureux internautes, en toute innocence, atterrissent sur un billet où il est question de beaucoup de choses, mais fort peu du sujet qui les intéresse.
Je tenais à leur présenter mes excuses pour ce désagrément.


Illustration : image tirée d'une vieille pub pour les produits coiffants Timotei.

mardi 11 octobre 2011

"Les déferlantes", de Claudie Gallay (vagues à l'âme)



L'enthousiasme de ma mère, la critique de Philippe l'année dernière. La mer, les chats, la Normandie. Autant de raisons de lire Les déferlantes. Autant de raisons de ne pas le lire : ces thèmes me sont trop chers, trop proches, pour ne pas me toucher. Aussi j'ai préféré l'évitement. C'est pourquoi le bouquin a mariné, si je puis dire, pendant des mois et des mois sur ma table de chevet.
Et puis un soir il y a eu le déclic. Le moment où je ne pouvais plus remettre sans cesse cette lecture. J'ai cédé aux appels du livre auxquels jusqu'alors je demeurais sourde. Je ne me l'explique pas. Ce devait être l'instant idéal pour la rencontre...

La narratrice, profondément meurtrie par la perte de son compagnon (amant ? mari ?) a accepté un poste sur une côte sauvage du Cotentin, non loin du Cap de la Hague. Elle observe et dénombre les oiseaux marins, les nids, les œufs. Elle a trouvé dans ce travail et dans ce lieu reculé un refuge contre sa douleur. Mais voici que débarque au village un « horsain », comme elle, qui sème les interrogations et ravive les souvenirs de chacun. Doucement vont se dénuder les rouages d’une tragédie vieille de quarante ans.
Le pays de la Hague se prête aux grandes passions, car sur cette terre fouettée par les vagues et les vents, on s'aima fort. Le silence a plus de poids que les mots. Se taire, on sait très bien faire. Se révèlent les haines macérées, les rancunes toujours vivaces et j’oserais dire nourricières. On développe aussi l'art de se pourrir la vie. En gâchant celle des autres.
Le récit progresse lentement, à petits coups de plume. C’est un rythme auquel il faut s’habituer. Pour conférer à son texte un vernis d'authenticité, l'auteur use d'un style parlé qui confine malgré tout au maniérisme. Cela m'a agacée. Car cela reste, finalement, assez conventionnel. Dommage pour cet effet « roman à la mode ». Cependant, Claudie Gallay a su ménager des silences entre les mots. Le lecteur n’est pas bousculé. Peu à peu, au fil de l’enquête que mène la narratrice, de rencontre en rencontre, la parole se libère, les vieux secrets se dessinent puis se débrument.
Avec la narratrice dont nous ne saurons pas le nom, nous côtoyons des personnages attachants : Raphaël le sculpteur tourmenté, sa sœur Morgane à qui l’unit un lien fusionnel, Max le lunaire qui aime Morgane d’un amour impossible, Lili la patronne du bistrot et sa mère à demi impotente, ravagée de haine, la vieille Nan, un peu cinglée, frappée de trop de deuils, qui s’occupa jadis d’un foyer d’enfants abandonnés, Théo, l’ancien gardien du phare, qui vit entouré de chats et porte une terrible responsabilité sur la conscience. Le phare, n'est-ce pas la métaphore de ce qui nous éclaire, nous attire, avec cependant une double et redoutable finalité : nous sauver ou nous détruire ? Nous croisons aussi Monsieur Anselme, l’érudit local, héraut du souvenir de Prévert qui vécut non loin de là, à Omonville-la-Petite. Mot après mot, les protagonistes dévoilent leur histoire au contact de la narratrice, que son apparente neutralité met en position de recueillir les confidences.
Et puis il y a les paysages façonnés par l’âpreté des éléments et les vieilles maisons qui semblent vivre leur vie propre et abritent peut-être des fantômes, si ce n'est des goublins ou des fées…
Roman de l’attente, roman du deuil, roman de la mer surtout, Les déferlantes m’a fait ressentir l’envoûtement de ce coin de Normandie dont on ne sait plus très bien s’il est terre ou eau. La mer y est un personnage parmi les autres. Entité puissante et mystérieuse, omniprésente qui prend - les vies, les hommes - mais ne rend pas toujours. Elle rythme le temps et conditionne les existences. Je ne peux que saluer le talent d’observatrice de l’auteur, qui a su en transcrire les humeurs et les nuances. Elle s’est manifestement immergée dans cet univers. Roman du temps qui passe, aussi : celui qui enfouit les drames mais ne les efface pas. Celui qu’il faut à la narratrice pour se réparer, se reconstruire, retrouver la sérénité. Car la paix - si tant est qu’on puisse la trouver - et la vérité sont au bout du chemin…

Une question reste à la fin de cette lecture : comment peut-on vivre loin de la mer ?…

Ce roman-là a toute sa place dans ma Chambre Normande. 

J’attends maintenant qu’on me propose de compter les goélands sur la Côte d’Albâtre.

Les déferlantes est publié chez J'ai Lu. 

Illustration : Le phare, huile de Claudine Douville.

jeudi 29 septembre 2011

Une histoire au kilomètre

Bigre ! Je n’ai pas posté depuis plus d’un mois. J’ai délaissé non seulement mon propre cyberespace de liberté, mais aussi les blogs amis. C’est impardonnable.
Vous m’avez sans doute crue happée dans un univers parallèle, dans une des onze dimensions que prédisent certains éminents scientifiques (d’autres, plus généreux, en dénombrent vingt-sept. Plus ou moins). Vous avez cru la théorie des cordes à l’œuvre derrière ma disparition. Il n’en était rien. Ma charge de travail a été lourde ces dernières semaines, me retenant non pas loin de mon clavier, mais de ma Chambre Normande. Ma plume a servi (et sert encore) d’autres desseins que les miens. C’est quelque peu stérilisant. Le soir je m'écroulais avec à peine la force de lire quelques pages. Il restait peu de place pour l'aventure bloguesque.
Sans compter qu'à ce devoir professionnel se sont ajoutées les affres du changement de voiture. Le temps passe et j’ai dû me  résoudre à me séparer de mon auto, ma vieille, vaillante et fidèle Alfa, j’ai nommé la Tine. Ce fut une décision difficile. La Tine, c’est quinze ans d’amour et de partage de bons et de mauvais moments. Quinze ans de ma vie. Quinze ans qui ne peuvent s’effacer d’un coup de balais d’essuie-glaces. Rien pourtant dans ma généalogie ne me prédisposait - ou prédestinait - à élire la marque italienne, ce qui contredit le fameux dicton "Tel père, telle Alfiste". Avec ma première Tine (que je n’appelais pas la Tine, si je me souviens bien), je totalise dix-neuf ans de conduite au volant d’Alfa Romeo. Pendant toutes ces années, le serpent vert, emblème de la maison ducale Sforza, m'a ondulé sous le nez. Ca crée des liens. Je suis ainsi devenue une conductrice roméotypée. Mon attachement à mes voitures frisait le pathologique, d'où le terme de roméopathie employé à mon endroit.
La Tine m'a conduite partout, mais le plus souvent en Normandie. Par tous les temps. Nous avons bien taillé la route. Nous avons écrit ma vie au kilomètre. Je lui dois beaucoup. La Tine, c’était une partie de ma personnalité. Vous imaginez ma peine et le manque que je ressens.
C’est une époque qui se termine…
Voici que sa successeuse a fait son entrée dans mon existence. Malgré une expérience positive, je ne me suis pas laissé séduire par les rugissements virils du lion. Mais je roule à présent français. Petite Tine fait tout son possible pour me consoler. Mon premier souci sera de lui indiquer la route de la Normandie. De fait elle est déjà normande, puisque sa plaque d’immatriculation arbore un « 76 » des plus seyants. Et qui fait beaucoup parler. Ah, mais, je vais jusqu’au bout de mes passions, je les affirme, je les revendique !
Et quelque chose me dit que la frimousse noire de Petite Tine se tournera très bientôt vers la Normandie...